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Patrick Garcia, Historien "Le Panthéon mémoire de gauche"

par webmaster le 25-05-2015

Patrick Garcia, Historien: ' Le Panthéon est une mémoire de gauche'.

'Le Panthéon est le lieu de cristallisation des deux romans de la France'

Le refus des familles d’Aimé Césaire, d’Albert Camus, deux noms proposés par Nicolas Sarkozy, était-il un signe de défiance envers la nation ou envers le précédent président de la République?
Envers le président, clairement. Les héritiers de Camus ne souhaitaient pas que Nicolas Sarkozy préside une entrée au Panthéon de leur aïeul. De même, quand la question de Marc Bloch a commencé à se poser de manière officieuse, Suzette Bloch, sa petite-fille, a aussitôt indiqué qu’elle s’y opposerait. Peut-on faire le consensus mémoriel et créer le ministère de l’identité nationale? Mais ce ne sont pas les seuls exemples de refus dans l’histoire.

Lors de son édification, le Panthéon devait être une église. Pourquoi la Révolution en a-t-elle fait un de ses symboles?
Le Panthéon est une église dont la construction, décidée par Louis XV pour remercier le ciel d’avoir exaucé un vœu, la guérison du dauphin, a été achevée au début de la Révolution. Elle est laïcisée par la Révolution, qui baptise le lieu Panthéon, en reprenant les références à l’Antiquité. La Restauration rétablit ensuite une croix sur le monument et l’église est consacrée. Louis XVIII prend alors la place que devait occuper Napoléon sur la fresque de la coupole peinte par Gros. En 1830, Louis-Philippe fait reconstruire un fronton mais n’investit pas réellement le lieu. Ce monument est jugé par tous embarrassant : cela vaut-il la peine de provoquer les Républicains sur ce sujet? Jusqu’en 1879, la République est dominée par les monarchistes, qui commandent un grand programme de peintures sur la France éternelle, celle des rois et des saints. C’est alors qu’apparaissent au Panthéon Clovis ou Sainte-Geneviève. Le Panthéon sera à nouveau républicanisé avec l’installation de statues. Tandis que les murs évoquent la France fille aînée de l’Eglise, les sculptures qui évoquent la France républicaine, avec un aspect œcuménique, puisque Robespierre et Mirabeau sont réunis. Le Panthéon est le lieu de cristallisation des deux romans de la France.

Pendant la période napoléonienne, quel usage l’Empereur en a-t-il fait?
L'entrée massive de généraux et d'académiciens correspond à une volonté de pacifier, sinon de glacer le Panthéon après les difficultés de la période révolutionnaire où l'on avait vu les choix opérés aussitôt remis en cause, avec l'entrée et la sortie de Mirabeau ou celle de Marat.

Malraux voulait d’ailleurs extraire les personnalités choisies par Napoléon, mais il s’est heurté à un refus du général de Gaulle…
Malraux voulait reconstituer la logique républicaine du Panthéon, le dynamiser en l’épurant. Il voulait y enlever ceux qui n’y étaient entrés pas au nom de valeurs. De Gaulle et Pompidou n’ont pas trouvé l’idée bonne car cela rappelait trop la période révolutionnaire.

La question s’est-elle reposée ensuite?
Non, au contraire. Sous Mitterrand, ont été recensés et identifiés les personnages entrés sous Napoléon. Laisser des cadavres napoléoniens, c’est respecter l’Histoire.

Diriez-vous encore aujourd’hui, comme Mona Ozouf en 1984 dans «Les lieux de mémoire», que le Panthéon est un échec?
Elle voulait dire que le Panthéon n’avait pas été à même de permettre l’essor d’un roman unitaire de la France. C’est paradoxal d’ailleurs puisque Mona Ozouf a été une des actrices de l’entrée de Pierre Brossolette au Panthéon. Ceci dit, son article a peut-être joué un rôle dans la réappropriation mitterrandienne du Panthéon. Je ne serais pas aussi sévère que Mona Ozouf, car ce rituel permet d’enrichir la mémoire collective des Français.

Il reste beaucoup de places au Panthéon. Sera-t-il un jour rempli?
L’idée de faire des panthéonisations régulières a déjà été évoquée. Mais instaurer un rythme très régulier ne risquerait-il pas d’épuiser le rituel?