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Le whisky français à la conquête du monde

par webmaster le 22-02-2018

Le whisky français à la conquête du monde

Même si la production est encore loin des standards écossais ou irlandais, le whisky français séduit de plus en plus les amateurs. Fort du savoir-faire français en matière de distillation, il pourrait prochainement rivaliser avec les meilleurs flacons européens. Coup d'œil sur un secteur en pleine ébullition. «Quand le vin est tiré, il faut le boire, surtout s'il est bon», disait Marcel Pagnol. Pourquoi en irait-il différemment du whisky? Surtout s'il est français. Depuis quelques années, les distilleries françaises de whisky se multiplient dans l'Hexagone. Aujourd'hui, on en compte 52 en activité sur tout le territoire, contre seulement cinq en 2004. S'il est vrai que contrairement à l'Écosse ou l'Irlande, notre pays ne possède pas de véritable tradition du whisky, les Français en sont aujourd'hui les seconds consommateurs mondiaux, avec 200 millions de bouteilles bues chaque année. «Nous consommons autant de bouteilles de whisky que nous en produisons de cognac», commente Philippe Jugé, le directeur de la Fédération française de whisky. Créée en mai 2016, la fédération rassemble tous les distillateurs, éleveurs et embouteilleurs de whisky brassé, fermenté, distillé et vieilli en France. Le whisky «French touch» a donc de beaux jours devant lui.

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En 2016, 800.000 bouteilles de whisky français ont été vendues à travers le monde, dont 600.000 de single malt. En effet, il existe différents types de whisky, les plus connus étant les single malt, issus d'une distillation discontinue, et les blend, obtenus à partir d'un assemblage de plusieurs single malt. En France, «95 % des distillats sont des single malt», indique Philippe Jugé. Le whisky, c'est avant tout de l'orge, à partir duquel on obtient le malt d'orge après le processus de germination. Dans le domaine, la filière bénéficie du savoir-faire ancestral des céréaliers français. Par ailleurs, les distilleries françaises, du fait de leur expérience en matière de cognac, d'armagnac ou encore d'eaux-de-vie, maîtrisent parfaitement le processus. Ainsi, si les 800.000 bouteilles de whisky français vendues en 2016 ne représentent pas grand-chose en comparaison des centaines de millions de bouteilles de scotch vidées chaque année, elles se démarquent par la qualité du breuvage. De quoi envisager une hausse de la production dans les années à venir. «Nous espérons produire 2 millions de bouteilles en 2020 et 5 millions en 2025», confie Philippe Jugé.  La Bretagne leader sur le marché Pionnière en la matière, la distillerie Warenghem, dans les Côtes-d'Armor, élabore dès 1983 le premier whisky intégralement fabriqué en France. C'est un blend et il est sobrement baptisé «WB», pour «whisky breton». Dix ans plus tard, elle investit dans une paire d'alambics à l'écossaise et, en 1998, le premier single malt français, l'Armorik, est commercialisé. «Aujourd'hui, nous produisons 250.000 bouteilles par an», commente David Roussier, l'actuel directeur de la distillerie. Soit presque un tiers de la production totale française. Pour répondre à l'augmentation de la demande, elle a multiplié par 2,5 sa production depuis 2015. «On commence à exporter, environ 50.000 bouteilles sont envoyées en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Australie ou encore en Afrique du Sud», précise David Roussier. Actuellement, la distillerie emploie 17 personnes, dont les deux tiers travaillent exclusivement à la production du whisky, pour un chiffre d'affaires annuel de 3,7 millions d'euros.


Outre la Bretagne, la Lorraine fait elle aussi belle figure grâce à la distillerie Rozelieures. Créée en 1860 dans le petit village du même nom, elle s'est lancée dans l'aventure du whisky il y a une quinzaine d'années. Son principal atout: être maîtresse de toutes les étapes de production, de la culture de l'orge jusqu'au distillat. «Aujourd'hui nous exportons à New-York, au Canada, en Australie», raconte Sabine Grallet-Lepic, la femme de l'actuel directeur. «Nous sommes fiers de pouvoir dire que le nom de Rozelieures, ce petit village d'à peine 200 habitants, résonne jusqu'en Australie», se réjouit-elle. Cinq personnes travaillent régulièrement à la distillerie qui a réalisé 2,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2017.

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Non loin, l'Alsace peut elle aussi se targuer d'une certaine expérience dans le domaine. Située dans le petit village alsacien de Hohwarth, la distillerie Meyer produit depuis plus de quinze ans du whisky. «On a commencé la distillation au début des années 2000. Aujourd'hui, on sort près de 40.000 bouteilles par an», indique Arnaud Meyer, l'actuel directeur. Elle exporte déjà ses produits à New York, en Espagne, en Allemagne et dans les pays du Benelux.


Un marché en pleine expansion  Globalement, le marché du whisky français est en pleine progression. En 2016, l'ensemble des acteurs de la filière a généré un chiffre d'affaires de 12 millions d'euros. «Les trois plus grandes distilleries françaises, Warenghem, Meyer et Rozelieures réalisent aujourd'hui des chiffres d'affaires supérieurs à deux millions d'euros», précise Philippe Jugé. Depuis 2010, le secteur a généré près de vingt millions d'euros d'investissements. «Il s'agit surtout d'investissements dans les capacités de production. Un fût vide coûte entre 150 et 300 euros à l'unité ; si vous achetez mille fûts ça représente vite une mise de fonds importante. C'est un marché en pleine expansion», commente Philippe Jugé. Résultat: la gamme des whiskys français s'est considérablement développée ces dernières années. Aujourd'hui, le prix d'appel d'une bouteille «made in France» chez un caviste se situe aux alentours de trente euros. Les produits les plus chers pouvant aller jusqu'à 150 euros.

Une législation renforcée Afin de structurer le marché du whisky, en 2008, l'Union européenne a précisé les conditions minimales pour pouvoir prétendre à l'appellation. Le distillat doit être à base d'eau-de-vie de bière, vieilli trois ans en fût de bois et embouteillé au minimum à 40° d'alcool. Par ailleurs, depuis 2015, un cahier des charges précis définit quatre indications géographiques protégées (IGP) en Europe, le Scotch (whisky écossais), l'Irish whiskey, le whisky breton et le whisky alsacien. Enfin, en 2017, un décret français est venu préciser les règles d'étiquetage. «Pour être vendus en France, les single malt doivent être distillés à 100% à partir d'orge, selon une distillation discontinue et vieillis pendant trois ans», explique Philippe Jugé. Si l'ensemble des distilleries semble approuver le décret, la fédération regrette cependant un manque de communication. «Au départ, personne n'a été consulté, ce décret est à l'initiative de la Scotch Whisky Association (le lobby du whisky écossais, NDLR), dont la France est le premier marché», déplore-t-il. «C'est normal, ce sont les premiers, ils ont intérêt à définir les règles», précise-t-il. Outre ce micro-incident, la fédération comme les acteurs du secteur se montrent résolument optimistes. Le whisky français est promis à un bel avenir.

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Louis Delatronchette