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L'Europe vote l'interdiction de trois pesticides tueurs d'abeilles

par webmaster le 28-04-2018

L'Europe vote l'interdiction de trois pesticides tueurs d'abeilles

Apiculteurs et ONG veulent désormais s'attaquer aux autres néonicotinoïdes mais, selon les industriels, l'agriculture souffrira.

À Bruxelles

C'est une décision qui fera date. À la fin de l'année, trois pesticides néonicotinoïdes seront totalement interdits pour les cultures en plein air dans l'Union européenne. Une victoire «historique» pour les apiculteurs et les défenseurs de la biodiversité, qui dénoncent depuis près de vingt ans leurs effets néfastes sur les abeilles. Une victoire qu'ils savourent d'autant plus qu'elle a été arrachée de justesse: vendredi, à Bruxelles, après plusieurs reports, seize pays européens sur vingt-huit - soit tout juste la majorité qualifiée nécessaire - ont voté en faveur de la proposition de la Commission européenne. La France, comme l'Allemagne et l'Italie, s'est prononcée pour. Parmi ceux qui se sont abstenus, beaucoup - la Belgique par exemple - réclamaient des dérogations.


«Ce vote était essentiel pour l'avenir de la biodiversité et notre agriculture»

Éric Andrieu, président de la commission pesticides du Parlement européen

«Quand on sait que les abeilles pollinisent 84 % des cultures et 4000 variétés de végétaux et que leur taux de mortalité atteint 80 % dans certaines régions, ce vote était essentiel pour l'avenir de la biodiversité et notre agriculture!» salue le socialiste Éric Andrieu, qui préside la commission pesticides du Parlement européen. Sans surprise, l'industrie est d'un tout autre avis, estimant qu'il n'existe pas d'alternative efficace. «Cette décision va faire souffrir l'agriculture européenne», met en garde Graeme Taylor, de l'ECPA, l'association européenne des fabricants de pesticides.

En vertu de la nouvelle réglementation, les trois molécules commercialisées par les géants de l'agrochimie Bayer (pour la clothianidine et l'imidaclopride) et Syngenta (le thiaméthoxame) ne pourront plus être utilisées qu'en serre, en milieu fermé, loin des insectes pollinisateurs. Depuis 2013, après une première évaluation négative de l'Agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa), un moratoire avait déjà restreint leur usage à la période hivernale et à certaines cultures moins attirantes pour les abeilles comme la betterave ou le blé.

«Un désastre environnemental»

Dans un avis approfondi publié le 28 février dernier, l'agence - souvent contestée pour sa proximité supposée avec l'industrie - a réitéré que «le risque pour les trois types d'abeilles évaluées (abeilles domestiques mellifères, abeilles solitaires et bourdons) est confirmé». Les néonicotinoïdes agissent sur le système nerveux des insectes, ce qui entraîne une désorientation, une paralysie ou même la mort. De plus, contrairement à d'autres insecticides, ils ne sont pas pulvérisés, mais le plus souvent utilisés en enrobage de semences: ils circulent dans toute la plante et restent plus longtemps dans le sol. «La décision de les autoriser pendant un quart de siècle a été une erreur, qui a provoqué un désastre environnemental», juge Martin Dermine, du réseau européen d'action contre les pesticides (PAN).

Pour les ONG, le bras de fer va donc continuer. Deux autres néonicotinoïdes sont toujours autorisés dans l'UE et l'industrie prépare déjà la suite en commercialisant des substances chimiquement différentes mais aux mêmes modes d'action, comme le sulfoxaflor de Dow AgroSciences.

«La France court devant dans ce combat, il faut que l'Union européenne continue à suivre. Quand on fait preuve de courage politique, avec la science derrière, ça marche»

François Viellerette, porte-parole de l'association Générations Futures

En France, le sulfoxaflor a été provisoirement suspendu par le Conseil d'État après une procédure initiée par l'ONG Générations futures. «La France court devant dans ce combat, il faut que l'Union européenne continue à suivre. Quand on fait preuve de courage politique, avec la science derrière, ça marche», veut croire François Viellerette, le porte-parole de l'association. Car, comme l'a rappelé vendredi le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, la loi sur la biodiversité de 2016 a ouvert la voie, elle prévoit l'interdiction de tous les néonicotinoïdes au 1er septembre 2018, avec des dérogations jusqu'en 2020.

Les écologistes réclament désormais que soit banni le mode d'action, l'interaction avec le système nerveux, plutôt que des molécules spécifiques. La discussion est en cours à l'Assemblée nationale, dans le cadre de la future loi sur l'alimentation.

La bataille n'est pas terminée, pas plus à Paris qu'à Bruxelles, mais les défenseurs des abeilles ont quand même le sentiment qu'elle tourne enfin à leur avantage.