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VILLES : nouveaux défis pour construire le monde d'après

par webmaster le 08-12-2020

Villes : nouveaux défis construire le monde d'après

La crise sanitaire a bouleversé nos modes de vie, replaçant la question de l'habitat au centre de nombreuses préoccupations. Mais d'autres enjeux - écologiques, sociaux ou encore économiques - posaient déjà la question de l'avenir des aménagements urbains sous un angle inédit. De quoi s'interroger : peut-on encore construire ? Un colloque sur ce thème, organisé par l'établissement public foncier Ile-de-France et dont « Les Échos » et « Le Parisien » sont partenaires, se déroule, en mode digital, ce mardi 8 décembre. « La carte du vote américain révèle deux mondes que tout sépare et qui se trouvent, plus encore qu'en 2016, face à face », analysait récemment le géographe Jacques Lévy (« Le Monde » du 7 novembre 2020). D'un côté, les grandes métropoles et, de l'autre, les petites et moyennes villes. Les centres urbains comme en opposition au périurbain. Cette réalité s'observe aussi en France, ainsi que l'a révélé la crise des « gilets jaunes ». « Il y a dans nos sociétés des ruptures profondes entre ceux qui vivent dans les grandes villes et ceux qui résident dans les 80 % du territoire national restants, un monde rural et industriel qui se sent délaissé et dépassé », explique le sociologue et directeur de recherche associé au Cevipof-CNRS Jean Viard, qui fait partie des intervenants du colloque « Peut-on encore construire ? » organisé par l'EPF Ile-de-France. Pour réconcilier ces deux univers alors que la crise sanitaire menace d'aggraver la fracture, il faut répondre aux nouvelles attentes des populations, en repensant la manière dont sont faites les villes.

Environnement, mobilité, mixité « Le point essentiel, c'est bien évidemment le logement. Chaque famille aspire à un habitat de qualité, répondant aux besoins de chacun en même temps qu'aux enjeux environnementaux, analyse Marie-Christine Jaillet, sociologue, directrice de recherche au CNRS. Et puis, ce logement doit permettre d'accéder aux ressources que propose la ville (santé, culture, éducation, etc.), il faut donc repenser les mobilités urbaines. D'autant que, aujourd'hui, l'offre de mobilité se concentre sur les parties denses des villes et délaisse les zones périphériques, qui, n'ayant que peu de mobilité autre que la voiture, subissent un coût supérieur pour se déplacer. Résultat : les inégalités se creusent davantage. » La question de la mixité sociale et culturelle est centrale , alors que la diversité a quasi disparu à l'échelle des quartiers et parfois même de tout un département.

Quelles villes pour demain ?

La crise, un amplificateur de besoins sous-jacents En réalité, ces défis n'ont rien de nouveau. « Cela fait longtemps qu'on parle de crise du logement avec des personnes sans domicile et environ 4 millions de mal-logés en France. Voilà aussi des années que les villes sont confrontées à la question des mobilités urbaines et de la transition écologique », commente François Valegeas, maître de conférences en urbanisme à Montpellier-III et membre du laboratoire ART-Dev. Les confinements ont fait prendre conscience de l'importance d'un habitat de qualité avec accès à la nature. Marie-Christine Jaillet Sociologue, directrice de recherche au CNRS La crise sanitaire a cependant amplifié le rôle clé du logement et le besoin de réaménager l'espace urbain pour favoriser l'inclusion. « Les confinements ont fait prendre conscience de l'importance d'un habitat de qualité avec accès à la nature. Ils ont aussi montré à ceux dont le métier le permet que le télétravail pouvait être une solution pour casser ce modèle d'étalement urbain, à l'oeuvre depuis les années 1970 », reprend Marie-Christine Jaillet.

L'urgence d'agir Mais comme Rome ne s'est pas faite en un jour, toute innovation dans le domaine de l'urbanisme - rénovation comme construction - prend du temps. Or les défis à relever sont déjà là, d'où l'urgence de s'engager rapidement sur de vraies voies de transformation. « Une ville est à la fois le résultat de stratégies résidentielles individuelles qui s'agrègent - et finissent par créer les fragmentations que l'on connaît aujourd'hui, avec peu de mixité culturelle et sociale - et des décisions de grands acteurs publics et privés, explique la sociologue. Pour penser la ville de demain, il faut donc la participation et l'adhésion de chacune de ces parties prenantes. Les élus, les opérateurs de l'aménagement urbain, mais aussi les habitants, ont tous un rôle à jouer. »

La mixité sociale beaucoup plus forte le jour et sur les lieux de travail

Municipales : les maires moins bâtisseurs qu'avant

Jennifer Matas

Cf. Les Échos – 8 décembre 2020